L’énergie de fusion nucléaire n’est plus seulement un « rêve de physicien » reporté de décennie en décennie. Pour vous, industriel, investisseur ou ingénieur, elle devient un champ d’opportunités très concret, structuré autour de laboratoires publics historiques et d’une nouvelle génération de startups de haute technologie. Avec plus de 6,2 milliards de dollars investis dans le secteur en 2022 et plus de 30 entreprises privées actives, la course à la première centrale de fusion commerciale est désormais lancée. Dans ce paysage, comprendre qui fait quoi, avec quelle technologie et selon quel modèle économique devient essentiel pour orienter vos décisions stratégiques, anticiper les futurs marchés de l’électricité bas‑carbone et identifier les maillons porteurs de valeur dans la chaîne industrielle de la fusion.
Paysage mondial des entreprises spécialisées dans la fusion nucléaire : acteurs privés et laboratoires publics
Le paysage mondial des entreprises spécialisées dans la fusion nucléaire se structure autour de trois piliers : les grands programmes publics de recherche, les consortiums industriels établis et un écosystème en pleine expansion de startups de fusion. Historiquement, les grands tokamaks publics comme JET au Royaume‑Uni ou les programmes européens coordonnés par EUROfusion ont posé les bases scientifiques de la fusion contrôlée. Désormais, ces infrastructures coexistent avec des sociétés privées comme Commonwealth Fusion Systems ou Helion Energy, capables de lever plus de 600 millions de dollars chacune et d’annoncer des démonstrateurs industriels avant 2035. Pour vous, cette cohabitation signifie un double flux d’innovation : d’un côté, une validation physique rigoureuse dans les laboratoires publics ; de l’autre, une accélération des cycles de développement, tirée par le capital‑risque et les partenariats privés‑publics.
Startups de fusion nucléaire aux États‑Unis : commonwealth fusion systems, helion energy, TAE technologies
Aux États‑Unis, les startups de fusion nucléaire occupent une position dominante, soutenues par un écosystème très dynamique de fonds de capital‑risque, de programmes ARPA‑E et de laboratoires nationaux. Commonwealth Fusion Systems (CFS), issu du MIT, développe un tokamak compact SPARC reposant sur des aimants supraconducteurs haute température en REBCO et a levé environ 2 milliards de dollars. Helion Energy mise sur la compression magnétique pulsée avec un concept de field‑reversed configuration visant un premier contrat d’achat d’électricité de fusion avec Microsoft dès 2028. TAE Technologies, de son côté, explore la fusion aneutronique à long terme avec le couple p‑B11, en construisant une série de machines (Norman, Copernicus, puis Da Vinci) pour allonger progressivement la durée et la puissance des plasmas. Pour vous, ces trois acteurs définissent des repères temporels ambitieux, souvent cités comme horizon de la « première électricité de fusion sur le réseau ».
Le rôle des industriels européens : EDF, ENGIE, EUROfusion et les consortiums nationaux
En Europe, le paysage de la fusion repose d’abord sur une forte implication publique, via EUROfusion et les grands laboratoires nationaux, mais les industriels privés se positionnent de plus en plus tôt. Des groupes comme EDF ou ENGIE s’intéressent à la fusion à travers des études de scénarios de mix énergétique 2050 et des participations dans des consortiums de démonstrateurs type DEMO ou STEP au Royaume‑Uni. Des ingénieries spécialisées comme Assystem jouent un rôle clé dans la transformation de la R&D en projets industriels concrets en prenant en charge la gestion de projet, la conception technique ou encore les systèmes de contrôle. Pour votre organisation, cette structuration signifie que l’accès au marché européen de la fusion passera autant par la participation aux programmes publics (Horizon Europe, EUROfusion) que par des alliances avec ces grands énergéticiens qui préparent déjà leur portefeuille d’actifs bas‑carbone à l’ère de la fusion.
Grandes infrastructures publiques : ITER, JET (culham), wendelstein 7-X (IPP Max-Planck)
Les grandes infrastructures de fusion restent le socle scientifique et technologique du secteur. ITER, construit à Cadarache, représente la plus grande machine de fusion jamais réalisée, conçue pour délivrer 500 MW de puissance de fusion à partir de 50 MW de chauffage dans le plasma (Q = 10). JET, à Culham, a détenu pendant longtemps le record avec 16 MW pour 24 MW de chauffage. En Allemagne, le stellarator Wendelstein 7‑X démontre une autre approche du confinement magnétique, avec une optimisation fine du champ magnétique pour des opérations quasi‑stationnaires. Ces installations fonctionnent comme des plateformes de validation : chaque succès expérimental nourrit directement les roadmaps industrielles des entreprises privées qui misent sur une convergence rapide entre preuves de concept scientifiques et prototypes commerciaux plus compacts.
Écosystème asiatique de la fusion : K-STAR (corée), EAST (chine), JT‑60SA (japon)
L’Asie est devenue un pôle majeur de la fusion avec des dispositifs de pointe comme K‑STAR en Corée, EAST en Chine et JT‑60SA au Japon. EAST a par exemple maintenu des plasmas à plus de 100 millions de degrés pendant plusieurs dizaines de secondes, battant des records de durée à haute température. K‑STAR explore des scénarios avancés de confinement et de stabilité magnétique, tandis que JT‑60SA, construit dans le cadre d’une collaboration Europe‑Japon, sert de banc d’essai pour préparer l’ère post‑ITER. Pour vous, ces infrastructures asiatiques ne sont pas de simples concurrents : elles constituent des partenaires de choix pour des programmes conjoints, des transferts de technologie et, à terme, des déploiements de réacteurs de fusion commerciale sur des marchés en forte croissance énergétique.
Technologies de réacteurs de fusion maîtrisées par les entreprises : tokamak, stellarator, z-pinch et concepts alternatifs
Les technologies de réacteurs de fusion se diversifient rapidement, et la typologie des machines est un élément clé si vous cherchez à évaluer les risques techniques ou les perspectives de marché. Le tokamak à confinement magnétique reste l’architecture la plus mature, validée depuis les années 1950 et constamment améliorée, mais il cohabite désormais avec des stellarators optimisés, des concepts de Z‑pinch stabilisés, la fusion par confinement inertiel et des approches hybrides combinant champs magnétiques et compression mécanique. Chacune de ces voies propose un compromis spécifique entre taille de la machine, complexité des matériaux, intensité neutronique, rendement énergétique et temps de développement. La bonne question n’est plus « quelle technologie va gagner ? », mais plutôt : quelle combinaison de concepts offrira le meilleur couple coût‑risque pour une application donnée (production centralisée, micro‑réacteurs, alimentation de data centers ou propulsion spatiale) ?
Tokamaks à aimants supraconducteurs haute température : SPARC (CFS/MIT), ITER, DEMO
Les tokamaks équipés d’aimants supraconducteurs haute température (HTS) en REBCO concentrent aujourd’hui l’essentiel des investissements commerciaux à grande échelle. SPARC, développé par CFS et le MIT, mise sur des champs magnétiques jusqu’à 20 T pour réduire la taille de la machine tout en atteignant un gain énergétique net (objectif Q > 2). ITER, plus massif, exploite des aimants Nb3Sn à basse température mais sert de référence pour la physique des plasmas D‑T et l’intégration des systèmes. DEMO, le futur démonstrateur européen, visera la production continue d’électricité de fusion sur le réseau et testera des couvertures tritigènes à grande échelle. Pour un acteur industriel, ces tokamaks HTS représentent la voie la plus lisible vers une centrale de fusion centralisée de plusieurs centaines de mégawatts à l’horizon 2035‑2045.
Stellarators avancés et optimisation du champ magnétique : wendelstein 7-X et projets dérivés
Les stellarators, longtemps considérés comme trop complexes à construire, connaissent un regain d’intérêt grâce aux avancées en modélisation numérique et en fabrication 3D de bobines. Wendelstein 7‑X a démontré qu’un champ magnétique optimisé permet d’obtenir un plasma très stable sans courant plasma important, limitant certains risques de disruption inhérents aux tokamaks. Des startups comme Renaissance Fusion explorent désormais des stellarators plus compacts, avec des bobines « gravées » sur des supports cylindriques pour simplifier la fabrication. Pour vous, ces projets dérivés ouvrent une niche intéressante : la fourniture de composants magnétiques complexes, de logiciels d’optimisation de champ et de services d’ingénierie spécialisés pour des réacteurs de fusion destinés à fonctionner en continu avec une maintenance réduite.
Fusion par confinement inertiel : NIF (LLNL), laser mégajoule et entreprises associées
La fusion par confinement inertiel repose sur la compression ultra‑rapide d’une micro‑capsule de combustible par des lasers ou des faisceaux de particules. Le National Ignition Facility (NIF) aux États‑Unis a franchi en 2021 puis 2022 le cap symbolique de l’ignition, produisant plus d’énergie de fusion que l’énergie laser injectée. En France, le Laser Mégajoule suit une logique similaire pour des objectifs principalement militaires mais avec des retombées pour l’énergie civile. Sur cette base, des startups comme Marvel Fusion ou Xcimer développent des systèmes laser plus efficaces, capables de tirer à haute cadence avec des cibles nanostructurées ou des chambres à sels fondus. Pour votre stratégie, le confinement inertiel peut préfigurer des centrales de fusion modulaires, potentiellement adaptables à des applications de forte puissance pulsée ou de production d’isotopes.
Z-pinch et fusion par faisceaux : approche d’helion energy et Z machine de sandia
Le Z‑pinch et la fusion par faisceaux exploitent directement les courants électriques et les champs magnétiques induits dans le plasma pour le comprimer. Sandia National Laboratories a développé la Z Machine, record de courant pulsé, utilisée principalement pour la physique des hautes densités d’énergie. Helion Energy transpose ce principe dans une architecture plus compacte : deux plasmas en configuration à champ inversé sont accélérés l’un vers l’autre, fusionnent, puis sont comprimés par un champ magnétique pulsé, l’ensemble formant un cycle dans lequel une partie de l’énergie est directement récupérée par induction électrique. Cette approche contourne la conversion thermodynamique classique turbine‑alternateur et, si elle tient ses promesses, pourrait proposer des réacteurs de fusion plus compacts pour alimenter des sites isolés ou des data centers à très forte densité énergétique.
Réacteurs compacts de fusion aneutronique p‑b11 : TAE technologies et general fusion
L’attrait de la fusion aneutronique, notamment avec le couple proton‑bore‑11 (p‑B11), vient de la réduction des flux de neutrons rapides et donc des dommages matériels et des déchets activés. TAE Technologies affiche une stratégie à long terme : commencer par des réactions basées sur le deutérium pour valider sa configuration de plasma, puis migrer vers p‑B11 lorsque les températures et les durées de confinement seront suffisantes. General Fusion, même si elle travaille principalement sur la réaction D‑T, intègre également la question de la réduction de la charge neutronique via un vortex de métal liquide qui sert à la fois de bouclier, de caloporteur et de support mécanique. Pour vous, ces concepts aneutroniques ouvrent la perspective de réacteurs de fusion plus simples à gérer en fin de vie, avec des contraintes réglementaires et de sûreté potentiellement allégées.
Principales entreprises privées de fusion nucléaire et leurs modèles technologiques
Les principales entreprises privées de fusion nucléaire se distinguent autant par leur technologie que par leur modèle industriel et leur calendrier. Pour un investisseur ou un partenaire industriel, la clé consiste à comprendre la cohérence entre la physique du concept, la maturité des composants (aimants, lasers, matériaux) et le plan de financement jusqu’au premier réacteur connecté au réseau. Les valorisations atteintes par CFS, Helion ou TAE montrent que le marché anticipe déjà une monétisation de l’électricité de fusion, via des PPA de long terme ou des accords directs avec des clients industriels à forte intensité énergétique. À ce stade, les annonces de production commerciale avant 2035 restent ambitieuses, mais elles structurent les attentes et les scénarios d’investissement.
Commonwealth fusion systems (CFS) : aimants REBCO, projet SPARC et chemin vers ARC
CFS s’appuie sur des rubans supraconducteurs REBCO pour concevoir des aimants HTS capables de générer des champs au‑delà de 20 T, avec une empreinte au sol réduite. Le prototype SPARC, en construction, vise à démontrer un gain énergétique net dans un volume de plasma compact. Ensuite, le concept ARC doit prolonger ce démonstrateur vers une centrale électrique de plusieurs centaines de mégawatts, équipée de couvertures tritigènes modulaires et d’un circuit de refroidissement à sels fondus ou à eau pressurisée. Pour vous, le modèle CFS offre une trajectoire claire : valider la physique avec SPARC, puis passer rapidement à des unités ARC standardisées, potentiellement déployables en série comme des centrales nucléaires de nouvelle génération, mais avec un profil de sûreté différent.
Helion energy : compression magnétique pulsée, cycles D‑He3 et architecture polaris
Helion Energy mise sur un cycle de fusion D‑He3 visant à réduire les neutrons produits et à privilégier la génération directe d’électricité. Son architecture Polaris repose sur une série de séquences pulsées : formation de plasmas en configuration à champ inversé, accélération, collision, compression, puis récupération d’énergie par induction dans les bobines entourant la chambre. L’entreprise revendique déjà un prototype ayant atteint des températures de plus de 100 millions de degrés, même si aucun gain net n’a encore été démontré. Le calendrier annoncé prévoit une première centrale de 50 MW vers la fin de la décennie, avec des contrats d’achat d’électricité déjà signés. Pour vous, la promesse principale réside dans la compacité des machines et la possibilité d’installer des modules de fusion directement au plus près des consommateurs majeurs d’électricité.
TAE technologies : confinement à faisceaux de particules et stratégie p‑b11 longue durée
TAE Technologies développe un dispositif de type field‑reversed configuration stabilisé par des faisceaux de particules injectés dans le plasma. L’objectif est d’allonger progressivement le temps de confinement et de monter en température, tout en réduisant la turbulence. La roadmap de TAE prévoit d’atteindre les conditions nécessaires à la fusion D‑T d’abord, puis d’évoluer vers la réaction aneutronique p‑B11, qui nécessite des températures encore plus élevées mais génère principalement des particules chargées, récupérables directement sous forme d’électricité. Pour un partenaire industriel, ce positionnement à long terme peut constituer une option stratégique : miser sur une technologie plus difficile mais potentiellement moins contraignante en termes de gestion des matériaux et de déchets radioactifs.
General fusion : pistons mécaniques, chambre à vortex liquide et site de démonstration au Royaume‑Uni
General Fusion propose une approche de « cible magnétisée » originale : un plasma est injecté au centre d’une sphère remplie de métal liquide en rotation rapide, puis comprimé par un ensemble de pistons mécaniques synchronisés. Le métal liquide forme un vortex qui sert à la fois de bouclier contre les neutrons, de milieu de transfert de chaleur et de surface de confinement. Un site de démonstration est en cours de construction au Royaume‑Uni, avec un objectif de rentabilité scientifique d’ici 2026. Pour vous, cette technologie se situe à l’interface entre la fusion et les turbines classiques, ce qui peut faciliter l’intégration aux infrastructures existantes de production d’électricité, tout en introduisant des défis mécaniques et de maintenance complexes.
Tokamak energy, first light fusion, marvel fusion : approches hybrides et innovations de confinement
Tokamak Energy développe un tokamak sphérique compact avec des aimants supraconducteurs HTS, visant la combinaison d’un fort champ magnétique et d’un volume réduit. First Light Fusion et Marvel Fusion, quant à elles, explorent des variantes de la fusion par confinement inertiel : First Light utilise un projectile à très haute vitesse tiré par un canon électromagnétique, tandis que Marvel mise sur des lasers très courts et intenses, couplés à des cibles nanostructurées capables d’amplifier le dépôt d’énergie. Pour un acteur cherchant à diversifier ses risques, ces entreprises offrent des approches hybrides où la complexité se déplace du cœur de la machine vers les systèmes de tir, les matériaux de cible ou la cadence de tir, ouvrant des créneaux spécifiques pour les fournisseurs de haute technologie (optiques, matériaux avancés, électronique de puissance).
Segments de la chaîne de valeur de la fusion nucléaire : de la R&D aux réacteurs commerciaux
La chaîne de valeur de la fusion nucléaire couvre un spectre beaucoup plus large que la seule construction de réacteurs. Pour vous positionner, il est utile de comprendre au moins quatre grands segments. En amont, la R&D fondamentale et la modélisation des plasmas mobilisent des codes de calcul avancés, des supercalculateurs et des outils d’intelligence artificielle pour optimiser les scénarios de fonctionnement. Ensuite viennent l’ingénierie des systèmes et la construction, incluant les bâtiments nucléaires, les systèmes cryogéniques, les circuits de refroidissement et les infrastructures d’alimentation électrique. Le troisième segment concerne les composants critiques : aimants supraconducteurs, matériaux résistants aux neutrons, diagnostics, lasers haute puissance ou électroniques de commutation rapide. Enfin, en aval, se trouvent l’exploitation commerciale, la maintenance robotisée en milieux extrêmes, et l’intégration au réseau électrique avec des services auxiliaires comme la régulation de fréquence ou le stockage couplé. Chacun de ces maillons peut constituer un marché à part entière, parfois accessible bien avant la mise en service de centrales de fusion opérationnelles.
Financement, capital-risque et partenariats publics‑privés dans la fusion nucléaire
Le financement des entreprises de fusion a connu une inflexion majeure depuis 2020, avec une bascule vers des tours de table de type « late‑stage » dépassant régulièrement les 200 millions de dollars. En 2022, la Fusion Industry Association recensait 6,21 milliards de dollars d’investissements cumulés dans 43 entreprises, contre 4,8 milliards l’année précédente. Pour vous, cela signifie que la fusion est passée du statut de pari purement scientifique à celui de classe d’actifs technologiques émergents, comparables à l’essor du spatial privé ou des batteries dans les années 2010. Le risque reste élevé, mais les mécanismes de partage de risque via partenariats publics‑privés, subventions non dilutives et accords de R&D collaboratifs se multiplient, rendant possible une feuille de route jusqu’au premier réacteur démonstrateur.
Levées de fonds record : CFS, helion, TAE et l’entrée des fonds souverains
Des levées de fonds record ont marqué les dernières années : CFS a levé environ 1,8 milliard de dollars en 2021, Helion plus de 600 millions, et TAE plus de 1,3 milliard depuis sa création. Ces montants attirent désormais l’attention des fonds souverains et des grands fonds d’infrastructure, qui y voient une manière d’anticiper l’après‑hydrocarbures. Pour un investisseur, cette dynamique change les règles : la capacité à financer plusieurs cycles de prototypes, parfois sur 10 à 15 ans, devient crédible, à condition de s’appuyer sur un mix équilibré entre capitaux privés, subventions et contrats de fourniture d’électricité à long terme avec des clients industriels. La présence d’investisseurs de long terme réduit la pression sur les horizons de sortie typiques du capital‑risque classique.
Subventions gouvernementales, programmes ARPA‑E et horizon europe pour la fusion
Les subventions gouvernementales jouent un rôle d’amorce essentiel, notamment pour les étapes très risquées de recherche amont ou de validation de composants critiques. Aux États‑Unis, ARPA‑E et les programmes du Department of Energy soutiennent des projets de fusion avancée et des technologies associées (aimants HTS, matériaux, diagnostics). En Europe, Horizon Europe et les programmes pilotés par EUROfusion financent des dispositifs comme JT‑60SA, DEMO ou des initiatives nationales comme STEP au Royaume‑Uni. Pour votre projet, accéder à ces financements non dilutifs peut significativement améliorer le profil de risque, en couvrant par exemple jusqu’à 50 % des coûts des premières phases de développement, ou en finançant des infrastructures partagées, telles que des plateformes de tests à haute température ou à haut flux neutronique.
Partenariats industriels avec l’aéronautique, le spatial et les data centers (NASA, SpaceX, microsoft)
Les partenariats entre startups de fusion et grands acteurs industriels hors du secteur de l’énergie se multiplient. Des agences spatiales et sociétés privées de lanceurs envisagent la fusion comme source de propulsion à long terme, profitant de la densité énergétique très élevée des réactions D‑T ou p‑B11. Dans le numérique, des géants du cloud et des data centers comme Microsoft ont déjà signé des accords d’achat d’électricité de fusion conditionnels, anticipant la montée spectaculaire de la demande liée à l’intelligence artificielle. Si vous opérez dans ces secteurs, la fusion peut devenir un outil stratégique pour sécuriser un approvisionnement électrique bas‑carbone et prévisible, tout en servant de vitrine technologique et de levier de décarbonation crédible à long terme.
Modèles économiques envisagés : PPA de fusion, licensing de technologies et co‑développement avec utilities
Les modèles économiques de la fusion restent en construction, mais plusieurs schémas se dessinent déjà. Le plus direct consiste à signer des PPA (Power Purchase Agreements) de fusion sur 10 à 20 ans avec des utilities ou de grands consommateurs industriels, garantissant un prix fixe de l’électricité une fois les centrales opérationnelles. D’autres entreprises explorent le licensing de technologies spécifiques, comme les aimants HTS, les codes de contrôle de plasma ou les composants de cryogénie, monétisables même en dehors du secteur de la fusion. Enfin, le co‑développement avec des opérateurs de réseaux ou des producteurs d’électricité historiques permet de partager les CAPEX des premiers démonstrateurs, tout en bénéficiant de leur expertise réglementaire et de leur maîtrise des marchés de gros. Pour vous, choisir entre ces modèles dépendra de votre appétence au risque technologique et de votre position dans la chaîne de valeur.
Verrous technologiques et défis industriels pour les entreprises de fusion nucléaire
Malgré les progrès spectaculaires des 20 dernières années, la fusion contrôlée reste confrontée à des verrous technologiques sérieux que votre stratégie doit intégrer. Les principaux enjeux concernent le cycle du combustible (production et gestion du tritium), la résistance des matériaux soumis aux neutrons rapides, la fiabilité des aimants supraconducteurs et la gestion thermique d’installations délivrant plusieurs centaines de mégawatts de chaleur dans un volume réduit. À cela s’ajoutent des défis d’intégration au réseau électrique, car une centrale de fusion devra fournir non seulement de l’énergie, mais aussi des services de flexibilité. Aborder la fusion comme un futur actif industriel implique donc une compréhension fine de ces contraintes et de la vitesse à laquelle elles peuvent raisonnablement être levées.
Production de tritium, cycle du combustible et matériaux résistants aux neutrons rapides
Le tritium, isotope clé pour la réaction D‑T, est rare à l’échelle mondiale. Les futures centrales devront produire leur propre tritium via des couvertures tritigènes à base de lithium entourant le plasma. ITER doit justement tester plusieurs concepts de ces couvertures pour valider leur faisabilité industrielle. Parallèlement, les neutrons rapides issus des réactions de fusion dégradent les matériaux structuraux, provoquant gonflement, fragilisation et transmutation. Pour vous, ces contraintes impliquent des besoins massifs en R&D matériaux (alliages avancés, composites, revêtements) et ouvrent des marchés pour les entreprises capables de fournir des échantillons qualifiés, des outils de simulation et des installations de test à haut flux neutronique.
Gestion thermique, parois de la première paroi (first wall) et circuits de refroidissement haute puissance
La first wall, ou première paroi en contact avec le flux de particules provenant du plasma, doit supporter des densités de puissance thermique extrêmes, parfois supérieures à celles rencontrées sur la surface d’une étoile à neutrons si l’on ramène ces flux à la surface disponible. Des matériaux tels que le tungstène, des alliages réfractaires ou des revêtements fonctionnels sont à l’étude, en combinaison avec des circuits de refroidissement capables d’évacuer plusieurs dizaines de mégawatts par mètre carré. Pour un industriel spécialisé dans l’échange thermique, la robotique d’inspection ou les revêtements avancés, ce segment constitue un champ d’application particulièrement exigeant, mais aussi potentiellement très différenciant, avec des retombées possibles dans l’aéronautique, le spatial ou la micro‑électronique de puissance.
Fiabilité des aimants supraconducteurs HTS, quench management et cryogénie industrielle
Les aimants supraconducteurs HTS sont au cœur des tokamaks compacts et de plusieurs concepts de fusion avancée. Leur fiabilité dépend de la maîtrise du quench, c’est‑à‑dire la transition brutale d’un état supraconducteur à un état résistif, potentiellement destructrice. Les rubans REBCO doivent être intégrés dans des structures mécaniques capables de supporter d’énormes forces de Lorentz, tout en restant refroidis à des températures cryogéniques stables. Pour votre entreprise, se positionner sur la cryogénie industrielle, les systèmes de surveillance de quench ou les solutions de power electronics associées à ces aimants peut offrir des opportunités bien au‑delà de la fusion, notamment dans les réseaux électriques à courant continu ou les transports à sustentation magnétique.
Intégration réseau, régulation de fréquence et couplage avec le stockage d’énergie
L’intégration de centrales de fusion au réseau électrique soulèvera des questions spécifiques de régulation de fréquence, de réserve tournante et de gestion des rampes de puissance. Une centrale de fusion, même conçue pour fonctionner en base, devra probablement offrir une certaine flexibilité pour s’adapter à la variabilité croissante des énergies renouvelables. Des solutions de couplage avec le stockage d’énergie (batteries, hydrogène, volants d’inertie) ou avec des procédés industriels flexibles (électrolyse, data centers) sont déjà envisagées. Pour vous, anticiper ces scénarios d’intégration réseau permet de préparer des offres combinant fourniture d’électricité de fusion, services de flexibilité et valorisation de la chaleur fatale, notamment pour des réseaux de chaleur urbains ou des applications industrielles haute température.
Perspectives de marché et scénarios de déploiement des réacteurs de fusion commerciale
Les scénarios de déploiement des réacteurs de fusion commerciale convergent vers un horizon situé entre 2035 et 2050, avec des premières unités de démonstration connectées au réseau avant une montée en puissance plus large. Plusieurs enquêtes sectorielles indiquent que 4 entreprises visent une fourniture d’électricité de fusion au réseau avant 2030, et près de 19 avant 2035, même si la viabilité commerciale à grande échelle pourrait intervenir plus tard. Pour vous, cela ouvre différents niveaux de temporalité : participation dès aujourd’hui aux programmes de R&D et de prototypage ; investissement dans les premières centrales de démonstration dans les années 2030 ; puis intégration de la fusion dans les portefeuilles de production d’électricité, aux côtés du nucléaire de fission, du solaire, de l’éolien et de l’hydrogène, à l’horizon 2040‑2050. La capacité à anticiper ces étapes et à aligner vos compétences, vos capitaux et vos partenariats sur ces jalons déterminera votre place dans la prochaine révolution énergétique.
