Méthodes de temps prédéterminés

Les méthodes de temps prédéterminés sont des systèmes de calcul de temps opératoires basés sur des tables de temps standardisés. Chaque mouvement, ou série de mouvements élémentaires, est côté : la séquence complète du mode opératoire peut alors être calculée en additionnant l’ensemble des temps élémentaires.

Ces tables de temps sont donc données pour une allure normale (100). On peut donc considérer qu’ils correspondent à l’activité d’un opérateur moyen, et évitent le recours au chronométrage et à son jugement d’allure. Il faut par contre appliquer les coefficients majorateurs (ceux du BTE par exemple), afin d’obtenir un temps alloué pour l’opération dans la gamme (notion de cadence nominale).

Historique

Dès les débuts de l’organisation scientifique du travail (OST), F. W. Taylor cherche à systématiser la mesure des temps qu’il effectue au chronomètre. En 1912, il détaille (comptes-rendus ASME vol. 34 pp. 1199-1200) la méthode qu’il préconise pour l’étude des temps :

  1. Décomposer le travail en mouvements élémentaires simples
  2. Les codifier et mesurer au chronomètre leur temps optimal
  3. Les recombiner en groupes logiques
  4. Déterminer la succession de ces différents groupes correspondant à une opération donnée afin d’en déterminer un temps qui soit indépendant des facteurs environnementaux.

Film réalisé pour l'étude des mouvements (Gilbreth)

Les principes des temps prédéterminés sont ainsi posés. Peu de temps après, le couple Gilbreth se consacre à l’étude minutieuse des micro-mouvements (les therbligs), qui allait servir de base à la description des mouvements élémentaires. Ils sont également les premiers à utiliser la caméra pour réaliser leurs analyses.

Deux écoles vont alors s’opposer pendant une vingtaine d’années : les disciples de Taylor privilégiant l’étude (et la réduction) des temps, ceux de Gilbreth travaillant sur l’analyse des mouvements (et leur économie). D’autre part, dès ses débuts, l’étude des temps est critiquée pour son manque de rigueur et de répétabilité, dû à divers facteurs d’origine humaine (compétences du chronométreur, volontés de la personne observée, méthodes utilisées,…).

Ce n’est que la combinaison d’une étude minutieuse des mouvements, associée à la détermination de temps pour une allure standard, qui ont permis d’avoir une base moins sujette à caution pour définir les tables de temps prédéterminés. Les premiers systèmes voient le jour dans les années 30 : MTA (Motion-Time Analysis, le plus ancien), Work factor ou MTS (Motion Time Standards). Puis dans les années 40, MTM (Methods-Time Measurement) a véritablement marqué l’histoire des méthodes de temps prédéterminés, en devenant l’une des principales références, et ce encore aujourd’hui.

Principales méthodes de temps prédéterminés

MTA (Motion-Time Analysis)

Il s’agit du plus ancien des systèmes de temps prédéterminés, établi par Asa Bertrand Segur à partir de 1919. Il est basé sur des bases de temps variables selon les possibilités de combinaison de mouvements. Développé dans les années 20, MTA était encore utilisé 50 ans plus tard, en faisant appel à la société de conseil de A.B. Segur, seule détentrice des droits. Les données et informations de ce système furent jalousement gardées secrètes, ce qui ne favorisa pas son développement.

Work Factor

Développé par Joseph H. Quick et ses associés dans les années 30 et 40, Work Factor est une marque déposée de la Work Factor Company. Encore utilisé de nos jours, ce système comporte plusieurs tables de données, selon le degré de précision souhaité : Detailed WF, Ready WF, Very easy WF, … La particularité du système est de s’appuyer sur des facteurs d’influence (poids, degré de contrôle, …), dont l’importance est mesurée en facteurs de travail (wf). La combinaison de ces facteurs permet de calculer le temps associé au mouvement.

Systèmes de la General Electric

Le groupe General Electric a développé plusieurs systèmes en interne, notamment Get and Place, MTS (Motion Time Standards) et DMT (Dimensional Motion Time). MTS est proche du Detailed Work Factor. DMT se base sur la dimension des pièces manipulées pour déterminer les temps. Ces différents systèmes ont été construits dans les années 40 pour les besoins spécifique de GE, et n’ont guère été utilisés en dehors.

MTM (Methods-Time Measurement)

Il s’agit du plus utilisé des systèmes de temps prédéterminés, et sert souvent de référence. Il a été développé dans les années 40 par H.B. Maynard, G.J. Stegemerten et J.L. Schwab, et toutes les données (tables et documents de recherche) ont été rendues publiques, ce qui a contribué à sa diffusion. Le système originel, aujourd’hui appelé MTM-1, est très détaillé, chaque micro-mouvement étant côté. Il a été suivi de versions plus rapides à utiliser (mais aussi potentiellement moins précises) : MTM-2 (1965) et MTM-3 (1970) et MTM-UAS (1975). D’autres systèmes en sont dérivés, comme le BMT (Basic Motion Study),ou MODAPTS (Modular Arrangement of Predetermined Time Standards).

MOST (Maynard Operation Sequence Technique)

Il s’agit d’un des derniers systèmes créés par le cabinet Maynard, qui l’a développé dans les années 60 et déployé dans les années 70. Plus simple que MTM, il est devenu un standard très utilisé dans l’industrie. Il se décline en trois sous-systèmes, selon le degré de précision et la durée du cycle analysé : Mini MOST, Basic MOST et Maxi MOST. Les temps sont analysés sous la forme de séquences prédéfinies ; par exemple, Basic MOST utilise les séquences Mouvement libre, Mouvement guidé, Utilisation d’outil et Utilisation de palan.

Construire ses propres tables de temps prédéterminés : les blocs de temps

Certaines entreprises construisent leurs propres tables standards de temps prédéterminés, afin de coller au plus près de leur activité. Des blocs de temps sont ainsi définis pour un sous-ensemble ou un produit complet, en fonction de ses principales caractéristiques. Le temps de montage d’un carter peut par exemple être déterminé en fonction du nombre de vis, de leur accessibilité, ou de toute autre caractéristique ayant une influence sur les temps. Ces blocs sont définis par chronométrage, ou à partir d’autres systèmes de temps prédéterminés. Une étude permet ensuite de s’assurer que les temps globaux calculés sont statistiquement valables, en fonction du degré de variabilité de chacun des blocs.

On peut ranger dans cette catégorie certains systèmes spécifiques, développés pour une activité précise, comme ceux de la General Electric vus plus haut, ou des systèmes orientés logistiques, par exemple, comme le standard français SMB (Standard de Manutention de Base).

Avantages et inconvénients

Les systèmes de temps prédéterminés présentent de nombreux avantages :

  • Ils peuvent être utilisés a priori : le temps d’un mode opératoire peut être déterminé sans avoir à l’observer, notamment lors d’une phase de conception.
  • Par leur décomposition fine, ils permettent la critique et l’optimisation du mode opératoire utilisé, en mettant en lumière les mouvements, ou les séquences fortement consommateurs de temps.
  • L’analyse peut être menée à plusieurs (notamment en intégrant les opérationnels), favorisant l’appropriation de la démarche.
  • Ils permettent de s’affranchir du jugement d’allure, qui est nécessaire pour des temps déterminés par chronométrage.
  • Ils peuvent être perçus comme socialement plus facile à utiliser que le chronométrage, et faire l’objet de moins de controverses.

Parmi les inconvénients, on peut citer :

  • La possible déconnexion du terrain, et du mode opératoire réellement utilisé, s’ils ne sont pas accompagnés d’observations directes.
  • La nécessité d’être formé et rompu à ces techniques. La manipulation de tables de temps prédéterminés demande beaucoup d’habitude et d’entrainement.
  • Leur limite à des temps manuels. Les temps technologiques doivent continuer à être mesurés autrement.

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